• ...l'école de la réussite

    La réussite! C'est la philosophie des nouveaux programmes de 2016. 

    Il ne s'agit pas de dire que c'est bien lorsque ça ne l'est pas. Il ne s'agit pas de donner des "acquis" ou des diplômes à tour de bras et donc au rabais... Nous ne vivons pas dans le monde des bisounours... Il ne s'agit pas de leurrer les élèves et leurs familles....

     

    La pédagogie de la réussite est une chance pour chacun d'avancer à son rythme. Evidemment qu'il y a un programme à tenir, il faut bien un cadre! Mais ces programmes précisent bien que les élèves ont le temps d'apprendre... On passe notre temps à dire que ça va trop vite, qu'on en demande trop à nos enfants, qu'ils sont sur-sollicités.... et ça y est, pour une fois, un texte va dans ce sens, alors profitons-en! 

    Mais ça fait peur, car pour y arriver, on est obligé de mettre de côté notre façon de faire, de changer! Le changement, c'est maintenant! Je ne fais pas de politique et, surtout ne lisez pas ici une incitation électorale! Mais ce slogan est fabuleux! Il révèle ce qu'on voudrait, mais en même temps, il est anxiogène car tout changement fait peur. J'entends des collègues dire "ça fait 15 ans que je fais ainsi, je ne vais pas changer maintenant!" Eh bien si, justement, on ne peut plus enseigner comme il y a 15 ans! Le monde a trop changé, les enfants aussi, nous aussi j'espère....  Maria Montessori disait : « N’élevons pas nos enfants pour le monde d’aujourd’hui. Ce monde aura changé lorsqu’ils seront grands. Aussi doit-on en priorité aider l’enfant à cultiver ses facultés de création et d’adaptation. » J'ai envie de rajouter qu'il faut encore moins les élever pour le monde d'hier...

    Pratiquement comment ça se passe? 

    - L'enfant doit pouvoir être acteur de son apprentissage (pour le coup, on nous l'enseignait déjà en formation initiale il y a 15 ans, mais niveau application, ça n'est pas encore le cas partout). Pour cela, il doit avoir conscience et connaissance de ses objectifs. Il peut avoir des marches de progression, on en trouve toutes faites sur le net ou on peut les écrire avec eux... On peut avancer par ceintures (cf Charivari). On n'est pas obligé de fonctionner ainsi pour tout, mais cibler les essentiels. Par exemple, je propose aux enfants un tableau avec 3 colonnes: 

    J’apprends à …

    Je sais presque faire

    Je sais faire !

     

     

     

    Dans la 2e ligne, on fixe quelques vignettes correspondant aux objectifs prioritaires visés pour une période, il y a 1 tableau maths et 1 tableau français et il est à disposition de l'enfant en permanence. Les vignettes avancent d'1 case lorsqu'un progrès est constaté.  

    - L'enfant doit comprendre ce qu'il fait et pourquoi. Il doit réfléchir sur les mécanismes mis en oeuvre pour aboutir. C'est l'enseignement explicite. Par exemple, on parle beaucoup de la pédagogie par le jeu, ok mais pas seulement. Beaucoup d'enfants jouent pour jouer, et c'est bien normal, mais ça ne suffit pas. A l'école, nous avons des objectifs pédagogiques, on doit donc pouvoir mesurer les effets du jeu et pour cela l'enfant doit pouvoir analyser les enjeux du jeu. Donc, à la fin de la séance de jeu, on verbalise: qu'est-ce qu'on a fait? Comment avons-nous fait? Qu'est-ce que tu as appris? Comment pourra-t-on s'en servir autrement? (transfert des apprentissages). 

    - Avancer à son rythme, ça veut dire aussi, être évalué quand on est prêt... Et donc, cela implique qu'il faille oublier la bonne vieille évaluation programmée tous ensemble à la même heure.... Oui, je sais, c'est un gros deuil à faire... ça veut dire que l'enfant peut dire "aujourd'hui je suis prêt à faire l'évaluation de telle compétence". Attention, pour arriver à ce degré d'autonomie, l'enfant doit être préparé. Oui, je vous ai entendu penser si fort: "celui qui ne veut rien faire, ne viendra jamais dire ça...". C'est pourquoi il faut fixer des objectifs, et inciter l'enfant à participer. Fixer un contrat par exemple, ça ce n'est pas nouveau. C'est un gros travail en amont, c'est vrai! Mais il faut peut-être y aller progressivement... un domaine à la fois par exemple. 

    Cela veut dire aussi que l'évaluation n'est peut-être plus aussi rigide et qu'on peut valider un objectif ou une compétence quand on a constaté que l'enfant avait atteint un degré d'autonomie suffisant. Combien de fois avons-nous vu un élève se planter en évaluation sommative alors qu'on savait très bien que c'était quelque chose qu'il savait faire en dehors? Absurde, non???

    J'aime bien aussi dans les nouveaux programmes les 4 échelons de maîtrise des compétences: 

    - niveau 1: maîtrise insuffisante;

    - niveau 2: maîtrise fragile;

    - niveau 3 : maîtrise satisfaisante;

    - niveau 4: très bonne maîtrise.

    A mon sens, le niveau 1 ne pointe pas un échec définitif mais laisse l'espoir d'une amélioration future. Bon, sur le LSUN, c'est encore "objectif non atteint", mais bon. L'objectif à atteindre est le niveau 3 et dans le LSUN, le niveau 4 est dans la case: objectif dépassé.... Génial! On peut donc faire encore mieux... 

    - Quoi qu'il en soit, je pense qu'on ne peut plus enseigner exclusivement frontalement. La pédagogie de la réussite passe par la pédagogie différenciée. Cela est particulièrement vrai dans mon cas, en Ulis école, mais c'est forcément le cas dans les classes. D'ailleurs, les élèves d'Ulis sont aujourd'hui dans les classes et rejoignent les autres élèves à Besoins Educatifs Particuliers. Tout enseignant doit aujourd'hui adapter sa pédagogie aux besoins individuels. Oui, c'est un gros travail de nouveau et ça prend du temps, c'est évident, mais c'est tellement passionnant, tellement enrichissant de chercher et trouver des solutions pour nos élèves. D'ici quelques années les enseignants devront tous être capables d'adapter leur pédagogie. 

    Je pense que d'ici-là le poste d'enseignant spécialisé aura évolué et que nous aurons moins d'heures d'enseignement qu'aujourd'hui et plus de temps d'accompagnement des équipes pour la mise en place d'adaptations. Il y a quelques années, ça m'aurait rebuté, aujourd'hui je suis partante car je constate que les équipes ne sont pas formées et se sentent parfois impuissantes face aux élèves porteurs de handicap ou aux difficultés persistantes. 

    Allez, en route! 

     

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